Manger de saison en Wallonie : le calendrier des fruits et légumes locaux
En viticulture comme en maraîchage, la saison dicte une grande partie de la qualité finale. La maturité phénolique d’un raisin, l’acidité d’un fruit, la teneur...
Cultiver le goût, préserver la nature
En Wallonie, le terme d’agriculture régénératrice gagne du terrain, mais il ne s’agit pas d’une simple tendance. Cette approche va bien au-delà de l’agriculture biologique ou conventionnelle. Elle vise surtout la régénération des sols, de la biodiversité et des cycles naturels, en s’appuyant sur des principes scientifiques et des observations de terrain. Mais concrètement, que recouvre cette notion pour les agriculteurs wallons ?
En résumé, l’agriculture régénératrice fonctionne comme un système cohérent, où chaque action vise à nourrir la terre, augmenter sa fertilité naturelle et renforcer la résilience face aux aléas climatiques.
Le modèle agricole classique montre ses limites en Wallonie, avec des sols régulièrement épuisés, sensibles à l’érosion et à la pollution. Selon une étude de l’Université de Liège (Gembloux Agro-Bio Tech, 2019), près de 45% des terres arables wallonnes présentent un risque élevé d’érosion hydrique. Des cultures menées en labour conventionnel ont perdu, selon l’ISP-W (Institut Scientifique de Service Public – Wallonie), jusqu’à 4 tonnes de sol fertile par hectare chaque année.
Côté biodiversité, le constat est similaire. Selon Natagora, plus de 30% des oiseaux champêtres ont disparu en 20 ans en Wallonie, symptôme d'écosystèmes appauvris.
À cela s’ajoute une vulnérabilité accentuée face aux sécheresses — comme celle de 2022, qui a affecté plus de 60% des exploitations, mettant en lumière le rôle crucial que peut jouer un sol vivant pour retenir l’eau (source : Service Public de Wallonie, 2022).
Plusieurs raisons expliquent l’engouement récent, et parfois spectaculaire, pour les pratiques régénératrices :
Parmi les pionniers, le Domaine du Chenoy (Namur) s’est converti à la régénération du sol, multipliant les couverts végétaux et abandonnant tout herbicide depuis 2015. Résultat : plus d’érosion, une vie du sol prospère et une résistance sanitaire accrue des vignes. (Source : entretien Domaine du Chenoy – Terre-en-vue, 2023)
En Wallonie, chaque projet régénératif s’adapte au terroir, à la taille de l’exploitation et à l’expertise du producteur. Voilà quelques pratiques qui transforment réellement les campagnes wallonnes :
À l’heure actuelle, il reste difficile d’avoir une quantification exhaustive du nombre d’exploitations régénératrices en Wallonie, puisque ce modèle ne bénéficie pas encore d’un label officiel, contrairement au bio. Toutefois :
Une dynamique encore émergente, mais qui progresse d’année en année, encouragée par des dispositifs de soutien régional (MAEC – Mesures Agro-Environnementales et Climatiques, notamment) et un effet d’entraînement par l’exemple.
L’agriculture régénératrice représente un changement profond, qui ne se fait pas sans difficulté :
D’une voix presque unanime, les pionniers wallons insistent sur la nécessité d’augmenter les essais collaboratifs, le partage de résultats, et la recherche appliquée avec les universités et associations régionales (Citons la Cellule d’Appui à la Petite Agriculture wallonne, la FUGEA, Natagriwal…)
Les lignes bougent rapidement : la demande citoyenne pour des produits et un paysage agricoles respectueux s’intensifie, la recherche locale avance, et plusieurs collectivités territoriales intègrent désormais un cahier des charges “sol vivant” dans leurs marchés publics. En 2023, une première “2e édition des Assises régénératives wallonnes” a réuni plus de 400 participants : agriculteurs, chercheurs, institutionnels (source : Inter-Environnement Wallonie, 2023).
De plus, de jeunes entrepreneurs du secteur agroalimentaire — notamment dans le secteur brassicole (brasserie Coopérative du Renard, Liège) — s’engagent à sourcer exclusivement des céréales issues de pratiques de culture régénératrice. D’autres filières, comme celle des fruits à pépins, amorcent la réintroduction de vergers mixtes et pâturés, relançant ainsi des pratiques oubliées… mais diablement modernes face aux enjeux de demain.
La Wallonie agricole n’a jamais été figée. Elle a su, au fil des siècles, naviguer entre héritages, innovations et résilience. En choisissant de placer la régénération au cœur de ses pratiques, elle bouscule ses certitudes, réarme ses paysages et se met en capacité d’accueillir un futur désirable. Ce mouvement n’en est qu’à ses débuts, mais il prouve qu’innovation ne rime plus forcément avec intensification, mais parfois avec… régénération.
Sources :