Panorama des domaines viticoles wallons certifiés bio en 2024

19 mars 2026

Viticulture bio en Wallonie : où en est-on réellement ?

Quand on évoque le vin belge, l’image d’un vignoble verdoyant où nature et engagement riment avec qualité s’invite de plus en plus dans les esprits. Pourtant, au-delà de l’engouement pour le local, la viticulture bio en Wallonie reste moins connue et encore assez marginale. Pourtant, l’intérêt ne faiblit pas : en 2023, la superficie des vignes certifiées bio continue de progresser, poussée par la demande des consommateurs et l’engagement de quelques pionniers.

  • 6,2 % de la surface viticole wallonne était certifiée bio ou en conversion en 2023 (chiffres Certisys – BioWallonie).
  • Les acteurs principaux restent concentrés dans les provinces de Liège, Brabant wallon, et Hainaut.
  • La Wallonie comptait 19 domaines viticoles certifiés bio ou en conversion en 2024.

Si la conversion reste coûteuse et que le climat humide augmente les défis face aux maladies cryptogamiques, le bio wallon attire… et mérite d’être mieux connu.






Certification bio : quels labels et quelles différences ?

L’Europe impose une réglementation stricte autour du label biologique (règlement UE 2018/848). Celui-ci garantit :

  • L’absence d’usage d’herbicides et pesticides de synthèse
  • Des levures naturelles ou oenologiques, mais autorisées (certifiées bio)
  • Une limitation drastique des intrants œnologiques (SO2, etc.)

Les principaux certificateurs en Wallonie sont Certisys et Blik. Attention à bien distinguer :

  • Certification bio “en conversion” : validée dès la troisième récolte après entame du processus.
  • Certification bio officielle : obtenue après 3 ans de conversion totale du vignoble et de la cave.

D’autres labels comme “Demeter” (biodynamie) ou “Vin Nature” existent mais sont plus rares, souvent indicateurs d'une démarche au-delà du cahier des charges bio.






Quels sont les domaines viticoles wallons certifiés bio en 2024 ?

La liste ci-dessous regroupe l’essentiel des domaines bio en 2024. Attention, de nouveaux domaines peuvent s’ajouter en cours d’année, certains sont encore en conversion mais déjà engagés. Voici un tour d’horizon :

Domaine Localité Certification Superficie (ha) Infos complémentaires
Vin de Liège Heure-le-Romain (Liège) Bio Certisys 18 Coopérative, démarches agro-écologiques avancées, pionniers du bio wallon
Domaine de Glabais Genappe (Brabant Wallon) Bio Certisys 5,5 Pionnier du bio et climat tempéré, essais cépages résistants
Domaine W Saintes (Brabant Wallon) Bio Certisys (en conversion jusqu’en 2022) 12 Première récolte certifiée “bio” en 2022, pratiques écologiques poussées
Terres d’Ardoise Sprimont (Liège) Bio Certisys 3 Petite surface, fort ancrage local, vin en amphore
Domaine Belle Source Tinlot (Liège) Bio Certisys 2,5 Cépages résistants (PIWI), zéro traitement de synthèse
Le Ry d’Argent Namur Bio Certisys (conversion en 2024) 6 Un des plus grands producteurs de Wallonie, conversion progressive
Domaine du Chenoy Namur Bio Certisys (conversion finalisée en 2021) 15 Spécialiste des cépages résistants, approche agroforestière
Domaine du Chapitre Baulers (Nivelles) Bio Certisys 10 Cuvées en bio dès 2023 - approches alternatives de gestion du sol
Clos Bois Marie Wasseiges (Liège) Bio Certisys 3 Micro-vignoble, approche zéro déchet
Domaine XXV Fontaine-l’Evêque (Hainaut) Bio Certisys (conversion depuis 2022) 2 Jeune domaine, micro-vinifications naturelles

Cette liste n’est pas exhaustive ni figée : d’autres domaines (plus petits ou débutants) sont en cours de conversion ou travaillent déjà “comme en bio” sans avoir finalisé la démarche certificative (notamment faute de moyens).






Coulisses et constats : pourquoi si peu de domaines certifiés bio ?

Le frein majeur, c’est évidemment le climat wallon : humidité, maladies fongiques (mildiou, oïdium), et pression des ravageurs sont relevés par l’ensemble des vignerons. Ainsi, certains estiment que la conversion peut provoquer une baisse de rendement de 25 à 40 % les trois premières années (source : BioWallonie, interviews 2023).

Le coût de la certification (environ 2 000 € par an pour une surface de 5 à 10 ha, source : Certisys) ainsi que la nécessité d’un matériel spécifique (enherbement, pulvérisateurs plus réguliers, investissement dans des cépages résistants dits PIWI) ne facilitent pas l’entrée dans la démarche.

  • Dans 40 % des cas, le travail manuel (épamprage, vendanges, traitements) est accru de 80 % par rapport à une gestion conventionnelle (Vin de Liège, atelier 2024).
  • La conversion bio implique de revoir totalement la gestion de la vigne, mais offre une vraie valorisation sur le marché, avec une prime à la bouteille de 15 à 30 % relevée en 2023 (source : OenoBelgium).

Certains domaines préfèrent aussi des démarches intermédiaires : Terra Vitis ou Haute Valeur Environnementale, qui garantissent des pratiques raisonnées, parfois proches du bio sans la certification, pour des raisons économiques ou techniques.






Zoom sur le Domaine de Glabais : pionnier du bio wallon

Impossible de parler bio sans évoquer le Domaine de Glabais. Créé en 2011, ce domaine fut l’un des premiers à miser sur une démarche 100 % bio, plantant dès le départ exclusivement des cépages adaptés (Muscaris, Solaris, Johanniter), avec enherbement permanent et zéro pesticide de synthèse. Leur gestion douce du sol, leur enherbement total et leurs haies mellifères inspirent aujourd’hui de nombreux nouveaux producteurs.

En 2022, le domaine affichait un rendement de 28 hl/ha, en dessous de la moyenne wallonne (38 hl/ha), mais une stabilité et une qualité impressionnante sur les millésimes récents grâce à la résilience de leurs cépages PIWI. Un modèle de patience… et d’obstination.

A noter : ils accueillent chaque année des curieux lors des journées portes ouvertes “Bio en Fête” (coordination BioWallonie).






Les cépages résistants : l’allié secret du bio wallon

Pour réussir la culture bio sous latitude wallonne, l’adoption de cépages résistants, dits PIWI, est presque indispensable. Parmi eux :

  • Solaris : résistant au mildiou et à l’oïdium, maturation précoce, vinifié en blanc sec ou moelleux
  • Muscaris : dérivé du Solaris, arômes muscatés intenses
  • Johanniter : tolérant, très utilisé à Glabais, Chenoy, Vin de Liège
  • Cabernet Jura et Cabernet Cortis : rouges “testés” chez Vin de Liège et Chenoy, belle résistance, profils épicés

La Wallonie est aujourd’hui l’un des “laboratoires” européens du PIWI selon l’association Pro PIWI International (Pro PIWI International). Près de 70 % des plantiers 2021-2024 en bio sont plantés en PIWI, contre moins de 20 % il y a dix ans.






Où déguster ? Initiatives et circuits courts pour découvrir ces vins bio

Les domaines certifiés bio sont très ouverts au public, souvent via :

  • Portes ouvertes lors de la Semaine Bio (juin – coordination avec BioWallonie)
  • Dégustations sur rendez-vous (Vin de Liège, Chenoy, Glabais, Chapitre, Domaine W…)
  • Magasins partenaires locaux : La Ruche Qui Dit Oui, foires bio, marchés fermiers
  • Bistrots engagés (cités par Guide du Vin belge 2024)

Une poignée de bars à vins sur Liège et Namur commencent aussi à consacrer une belle sélection “bio wallon” sur leur carte, en écho à la demande d’une clientèle de plus en plus attentive à la traçabilité.






Vers une dynamique bio plus vaste ?

Si le bio wallon ne représente encore qu’une part modeste du vignoble régional (autour de 6 % en surfaces en 2023), la dynamique est clairement enclenchée. Le soutien de la Région wallonne via les aides à la conversion, la recherche de l’Université de Liège sur les cépages résistants, et la mobilisation des réseaux de consommateurs laissent envisager une mutation plus large dans les années à venir.

Selon la dernière enquête de BioWallonie (2024), 40 % des nouveaux projets viticoles déposés à la Région optent pour une conversion totale ou partielle en bio. Un chiffre à surveiller !

Pour creuser le sujet, on peut consulter le dossier “État du bio viticole wallon” sur BioWallonie.com ou le rapport annuel de Certisys. Et, pour les curieux, rien de mieux que d’organiser un petit périple d’un vignoble à l’autre – boussole et verre en main – pour découvrir concrètement les saveurs et histoires du bio made in Wallonie.






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