Viticulture sociale en Wallonie : focus sur les domaines qui changent la donne

9 juillet 2026

Pourquoi les pratiques sociales comptent autant que l’écologie dans le vignoble

Parler de viticulture durable, c’est souvent évoquer la biodiversité, l’agroécologie, la gestion de l’eau… Mais un pan entier de cette durabilité reste trop peu sous les projecteurs : l’impact social. Au-delà de la qualité environnementale, la façon dont un domaine traite ses salariés, s’ouvre à l’inclusion et tisse des liens avec son territoire façonne tout autant la typicité des vins wallons. En effet, selon l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), la responsabilité sociale est un pilier de la viticulture durable (OIV).

Dans un secteur où la main d’œuvre saisonnière peut représenter jusqu’à 70% des effectifs en période de vendanges (source : Fédération des Vignerons wallons), les pratiques sociales ne sont pas anecdotiques.






Définir une pratique sociale exemplaire en viticulture

  • Conditions de travail équitables (respect du droit du travail, rémunération décente, sécurité).
  • Intégration et diversité (accueil des personnes en situation de handicap, insertion de publics éloignés de l’emploi, mixité générationnelle ou culturelle).
  • Formation et montée en compétences (programmes d’apprentissage, tutorat, partenariats éducatifs).
  • Implication locale (soutien à des causes sociales, liens avec des associations, activités ouvertes au public fragilisé).

Ces critères, alignés sur ceux du standard ISO 26000 ou du réseau Fairtrade Belgium, servent de base à cette sélection.






Les domaines wallons en pointe sur l’engagement social

Domaine du Chenoy (Emines, province de Namur)

  • Travail avec une entreprise de réinsertion : Depuis 2019, le Chenoy collabore avec l’Entreprise de Formation par le Travail (EFT) de Namur. Chaque année, 5 à 8 personnes éloignées de l’emploi (jeunes, personnes migrantes, seniors en reconversion) participent aux vendanges, formées aux gestes de la vigne par l’équipe du domaine.
  • Valorisation de la diversité : En 2022, près de 30% des vendeurs occasionnels étaient issus de la diversité culturelle ou en situation précaire, offrant un tremplin professionnel dans un secteur en recherche de main d’œuvre.

Anecdote : C’est au Chenoy qu’a eu lieu la « vendange inclusive » en 2021, accueillant une équipe mixte de personnes porteuses de handicap et de réfugiés syriens – initiative relayée par RTBF.

Vignoble des Agaises (Ruffus, Estinnes, Hainaut)

  • Mise en œuvre d’un dialogue social exemplaire : Plus gros domaine wallon avec 285 hectares en 2024, Les Agaises appliquent un accord collectif : chaque vendangeur reçoit un contrat écrit, l’assurance d’un salaire au-dessus du minimum légal (plusieurs témoignages dont ceux de « Sudinfo »).
  • Sécurité et bien-être au travail : Les vendanges rassemblent environ 90 travailleurs chaque saison. Le domaine met à disposition navettes, équipements ergonomiques, repas complets offerts et prestations de santé (bilan médical pour les saisonniers de plus d’un mois).
  • Initiatives solidaires locales : Les résidus de récolte sont donnés à des associations pour l’alimentation animale. En 2023, le domaine a aussi recruté six jeunes via Mission Locale.

À noter : Les Agaises participent activement au partenariat « Vignes en partage » pour l’accueil de migrants en formation.

Vin de Liège (Heure-le-Romain, Liège)

  • Coopérative citoyenne : 2000 coopérateurs-investisseurs, ce qui fait de ce domaine un projet collectif ouvert, où chaque salarié peut devenir associé, gage de démocratie au sein de l’entreprise.
  • Insertion professionnelle : Depuis 2016, le domaine a accueilli environ 80 stagiaires via l’IFAPME et Actiris, dont 60% ont trouvé un emploi à la suite de leur passage.
  • Collaboration avec Épicéas (ASBL d’insertion) : Plusieurs travaux d’entretien et de plantation sont confiés à des personnes en insertion, leur permettant d’acquérir des compétences dans la filière viticole.

Avec plus de 30% des effectifs issus de dispositifs d'insertion ou de réinsertion, Vin de Liège se distingue par sa politique inclusive (bilan consultable sur Vin de Liège).

Chant d’Éole (Quévy, Hainaut)

  • Accueil de publics fragilisés : Collaboration avec deux écoles de l’enseignement spécialisé, permettant la découverte des métiers de la viticulture aux jeunes porteurs de handicap.
  • Recrutement local : Deux tiers des employés habitent dans la commune ou les environs directs, le domaine assure ainsi une forte intégration locale et lutte contre le chômage régional.
  • Formation continue : Budget annuel de 10 000 € consacré à la formation (sécurité, techniques viticoles, secourisme). Le taux de satisfaction salarié est supérieur à 95% (source : rapport interne 2023, chiffres relayés par Le Soir).





Tableau récapitulatif : engagements sociaux des domaines cités

Domaine Insertion Coopératif Dialogue social Partenariats locaux
Chenoy ✔️ ✔️ ✔️
Les Agaises ✔️ ✔️ ✔️
Vin de Liège ✔️ ✔️ ✔️ ✔️
Chant d’Éole ✔️ ✔️ ✔️





D’autres initiatives inspirantes en Wallonie

  • Domaine du Ry d’Argent (Namur) : Bourse d’apprentissage pour jeunes apprentis, actions ponctuelles avec la Croix-Rouge (distribution de colis alimentaires issus des vendanges).
  • Domaine de la Falize (Liège) : Organisation d’ateliers gratuits pour les jeunes NEET (ni étudiant, ni employé, ni stagiaire) afin de leur faire découvrir les métiers du vin.
  • Caves du Roi Albert (Comines) : Système de mentorat entre salariés expérimentés et nouveaux arrivants, rendant la transmission intergénérationnelle plus fluide.





Quelles retombées ? Chiffres clés à retenir

  • Plus de 350 personnes bénéficient chaque année en Wallonie d’un « tremplin social » via les domaines viticoles (insertion, apprentissage, contrats aidés — source : MoveWallonia).
  • Selon la Fédération des Vignerons Wallons, un quart des domaines (sur une trentaine) a mis en place au moins une action sociale structurée.
  • Les départements HR de plusieurs vignobles témoignent d’un turn-over deux fois moindre quand un vrai dialogue social est instauré.





Des bouteilles engagées à tous les niveaux : le choix du consommateur

Soutenir les domaines qui, en plus d’un vin de qualité, créent du lien social, c’est donner un sens supplémentaire à la dégustation. La communication autour de la responsabilité sociale reste cependant perfectible : seulement 5% des sites de domaines wallons affichent clairement la mention de leurs actions sociales (source : veille Impact & Terroir, 2024).

Pourquoi ne pas valoriser ce facteur lors de vos achats ou lors de vos échanges avec vos cavistes ? Demandez-leur : qui fait de l’insertion ? Qui accompagne la formation des jeunes ? Chaque bouteille raconte une histoire : celle du sol, du climat… et des hommes et femmes qui la font naître.

Les initiatives wallonnes ne sont pas les seules en Europe, mais elles prouvent que notre modèle, modeste par la taille, peut inspirer d’autres terroirs plus vastes ou plus anciens. L’avenir de la viticulture ne saurait se concevoir sans ce supplément d’âme, inséparable des racines et des visages qui en sont la richesse.






En savoir plus à ce sujet :