Économie circulaire dans les vignes wallonnes : cinq domaines à suivre de près

31 juillet 2026

Comprendre l’économie circulaire appliquée à la viticulture

L’économie circulaire vise à optimiser l’utilisation des ressources, réduire les déchets à la source et réintégrer au maximum les sous-produits dans le cycle de production. Cela va bien au-delà du simple recyclage : il s’agit de boucler la boucle à chaque étape, en évitant le gaspillage et en valorisant chaque matière. Dans le vin, cette logique concerne à la fois la vigne (pratiques agricoles), la vinification, la vente et la distribution, mais aussi la gestion des déchets (marc, eaux usées, bouteilles, emballages).

  • Réduction de l’empreinte carbone : transport local, utilisation d’énergies renouvelables.
  • Récupération des coproduits : valorisation du marc de raisin, compostage des rafles.
  • Gestion intelligente de l’eau : arrosage raisonné, phytoépuration.
  • Circuits courts et locaux : vente sur place, restauration locale, logistique minimaliste.
  • Réemploi ou recyclage des contenants : bouteilles réutilisables, bag-in-box locaux.

En pratique, ces principes se traduisent par des solutions innovantes : mise en place de panneaux solaires, retour du verre consigné, création de biogaz avec les déchets de vinification ou réemploi du marc dans l’agroalimentaire ou la cosmétique.






Panorama : l’économie circulaire chez les vignerons wallons

L’évolution des pratiques : chiffres et tendances

  • En 2023, la Wallonie comptait environ 270 ha de vignes et plus de 200 producteurs de vin (Source : APAQ-W). Près de 20% affichent une conversion bio ou sont déjà certifiés.
  • Selon Valbiom, 30% des domaines wallons valorisent aujourd’hui leurs coproduits à travers le compost, le méthaniseur ou la filière alimentaire et cosmétique.
  • En moyenne, un hectare de vigne wallonne produit environ 125 kg de marc par an, soit une source inexploitée de fibres et de polyphénols.

Pourquoi une telle effervescence?

La pression environnementale (eau, déchets, énergie), les aides européennes et l’appétit du public pour les productions responsables incitent de plus en plus de domaines à sortir du lot par des pratiques exemplaires… souvent inspirées d’autres terroirs (Alsace, Italie, etc.), mais adaptées à l’écosystème local. Quelles initiatives sortent du lot ? Quels domaines font figure de pionniers ?






Focus sur cinq domaines emblématiques de l’économie circulaire en Wallonie

Domaine Région Pratiques circulaires marquantes Sources
Domaine du Chenoy Namur
  • Certification bio depuis 2019
  • Valorisation du marc en compost pour les vignes et maraîchage local
  • Étiquette et carton 100% recyclés ; bouteilles allégées
  • Revente de bourbes et lies à l’industrie cosmétique régionale
Wallonie.be, chenoy.com
Vin de Liège Liège
  • Coopérative réunissant 2 000 membres locaux
  • Amendements organiques uniquement issus de compost local
  • Engagement dans la consigne de bouteilles (pilote 2024)
  • Reste de la vendange donné à des éleveurs (nourriture animale)
Vivre Ici, vindeliege.be
Domaine du Ry d’Argent Namur
  • Panneaux photovoltaïques couvrant 70% de la production électrique
  • Récupération systématique des eaux usées via phytoépuration
  • Marc valorisé en énergie dans une unité de biométhanisation voisine
  • Distribution quasi-exclusivement en circuit court
RTBF, VisitWallonia
Château de Bioul Namur
  • Programme ‘WINECIRCULAR’ pour la valorisation totale des sous-produits
  • Recyclage de 98% des déchets produits sur place
  • Production de compost, savon et cosmétiques à base de marc
  • Bouteilles consignées en test depuis 2023
Bio Wallonie, chateaudebioul.be
Domaine du Chapitre Brabant wallon
  • Rucher sur l’exploitation (pollinisation et biodiversité)
  • Utilisation exclusive de cartons recyclés et encres végétales
  • Partenariats locaux pour la réutilisation de verre et apport du marc à une distillerie wallonne
La Libre, chapitre.be





D’autres pistes innovantes rencontrées en Wallonie

  • Agrivoltaïsme : des essais sont en cours dans la région de Gembloux, conjointement menés avec l’UCLouvain, pour installer des panneaux solaires au-dessus des vignes tout en préservant microclimat et biodiversité (source : UCLouvain).
  • Réemploi du verre : la Fédération belge des Vignerons expérimente des solutions de lavage et de réutilisation locale, inspirée du modèle alsacien — une économie estimée à 0,5 kg de CO2 évité par bouteille réutilisée.
  • Cosmétique “made in marc” : plusieurs startups wallonnes, comme Senz, récupèrent les pépins de raisin pour fabriquer des huiles antioxydantes (source : Senz, BioWallonie).





Comment reconnaître un domaine exemplaire ? Les critères clés

L’économie circulaire ne se résume pas à une certification ou à des promesses marketing. Voici quelques signes tangibles d’engagement :

  • Transparence sur la gestion des déchets et la traçabilité de chaque étape (des rapports ou bilans sont parfois consultables).
  • Implication dans des projets communs avec d’autres agriculteurs / filières (fromagerie, distillerie, biodiversité locale).
  • Priorité donnée aux circuits courts, aussi bien dans la vente qu’à l’achat des matières premières.
  • Investissement dans la recherche ou l’innovation circulaire (projets universitaires, ESS, etc.).
  • Mise en place d’une démarche de consigne, même expérimentale.

Il est aussi utile de regarder les engagements concrets sur la durée : certaines pratiques sont anciennes, d’autres toute récentes, mais la logique reste la continuité dans le temps. La vraie différence se joue souvent sur la capacité à tisser des liens – avec d'autres producteurs, l’écosystème local, ou même les clients qui participent à la consigne ou au compost partenarial.






Des résultats qui dépassent le cadre de la vigne

Les domaines engagés dans l’économie circulaire présentent aujourd’hui des externalités positives concrètes : réduction des déchets (jusqu’à -70% dans certains domaines selon Bio Wallonie), faible empreinte énergétique (-30% sur la consommation d’électricité), création d’emplois non délocalisables et formation de collectifs résilients. La valorisation des sous-produits fournit aussi un revenu complémentaire, parfois indispensable pour la rentabilité des petits domaines.

Au-delà du vin, ces pratiques profitent à d’autres acteurs de la ruralité : distilleries locales (eaux-de-vie à base de marc), maraîchers ou éleveurs (compost high-tech), laboratoires de cosmétique, restaurateurs, et évidemment ambassadeurs du territoire. Les avantages sont économiques, sociaux et environnementaux.






Et demain ? Vers un label wallon spécifique ?

Si certains domaines misent déjà sur la certification bio ou la mention “Vin Méthode Nature”, un label wallon de l’économie circulaire viticole est en cours de réflexion au sein du cluster Vin de Wallonie et de l’APAQ-W. Objectif ? Gagner la confiance des consommateurs, mais surtout rendre ces cycles circulaires lisibles, duplicables et attractifs pour l'ensemble de la filière (Source : Cluster Vin de Wallonie, 2024). Gageons que le tableau se précisera dans les années à venir, avec des modèles toujours plus pointus… et des vins qui surprennent par leur histoire, leur goût, et leur impact positif.






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