Manger de saison en Wallonie : le calendrier des fruits et légumes locaux
En viticulture comme en maraîchage, la saison dicte une grande partie de la qualité finale. La maturité phénolique d’un raisin, l’acidité d’un fruit, la teneur...
Cultiver le goût, préserver la nature
Dans l’imaginaire collectif, les coteaux wallons sont plutôt associés aux prairies et forêts qu’aux alignements de ceps. Pourtant, la vigne retrouve ici une place historique, créant des milieux ouverts souvent rares dans nos paysages. Ces milieux, tachetés de jachères fleuries, talus herbeux et haies, sont de véritables niches pour la biodiversité locale. D’après Natagora (2022), ce sont près de 5 % des vignobles wallons qui sont intégralement certifiés biologiques, et une part croissante prend le parti du « zéro herbicide ». Cet engagement sert d’aiguillon aux autres cultures, mais il est surtout bénéfique à une série d’espèces fragiles.
Ce passereau, en forte régression en Wallonie à cause de l’intensification agricole (source : Observatoire de la faune, SPW), est particulièrement friand des bordures enherbées que laisse prospérer la viticulture durable. Les vignerons engagés conservent les bandes herbacées le long des rangs et maintiennent des haies diversifiées, indispensables au cycle de vie du Bruant jaune.
Autre bénéficiaire, ce petit oiseau affectionne les jachères temporaires et pousse-chats, typiques des exploitations limitant le désherbage chimique.
Moins fréquent mais en expansion, le Milan royal survole de plus en plus les vignobles ouverts et extensifs. Il profite d’une chaîne alimentaire préservée grâce à la maîtrise raisonnée des pesticides (source : Aves-Natagora).
Victime des traitements chimiques et de la disparition des haies, il connaît un regain de population là où les vignerons replantent des linéaires bocagers et laissent des tas de bois et de pierres propices à l’hivernation.
Répandu sur les coteaux calcaires et les vieux murs de vignes, ce lézard est protégé en Wallonie. Grâce aux murets restaurés ou laissés en friche, il retrouve des habitats essentiels. Selon la DNF (Division Nature et Forêts), certains vignobles du Pays de Herve et de la région liégeoise participent activement à son maintien.
Citons notamment la Mélitée du plantain (Melitaea cinxia), visiblement de retour dans des parcelles où l’on tolère les adventices, et la Proserpine (Zerynthia rumina), dont plusieurs stations ont été recensées dans des anciens coteaux reconvertis en vignoble diversifié (source : Plan Maya-Natagora).
Le recours limité aux traitements et le maintien d’enherbements fossiles permettent à une pharmacopée de plantes parfois menacées de s’épanouir à nouveau :
Notamment l’Ophrys abeille (Ophrys apifera) et l’Orchis bouffon (Anacamptis morio), présentes dans les vignes enherbées sans herbicide. Les chiffres 2020 de l’asbl Orchis démontrent jusqu’à 4 fois plus de pieds recensés dans les vignobles durables comparé aux grandes cultures conventionnelles.
Longtemps éradiqués, ils réapparaissent au gré des années sans destruction du sol et des re-semis, profitant de pratiques telles que le semis direct ou le non-labour.
Plantés en haies ou conservés en lisière, ils jouent à la fois un rôle refuge pour la faune et enrichissent la trame locale de buissons autochtones. Plusieurs projets de plantations participatives sont pilotés par Natagora et soutenus par certains vignerons labellisés « Biodiversité ».
À la différence de la monoculture intensive, les domaines responsables limitent drastiquement l’emploi de fongicides et bannissent les herbicides de synthèse. Cela permet :
Ce n’est pas qu’à Sancerre ou Bordeaux qu’on trouve des exploitations modèles ! Quelques exemples précis en Wallonie :
| Domaine | Espèces remarquables présentes | Pratiques phares |
|---|---|---|
| Chant d’Eole (Quévy) | Lézard des murailles, papillons diurnes rares | Enherbement total, haies, zéro insecticide |
| Domaine de Mellemont (Thorembais-Saint-Trond) | Oiseaux champêtres, orchidées, hérisson | Bandes refuges, agriculture bio certifiée, gestion différenciée |
| Domaine du Chenoy (Namur) | Haies à aubépines, musaraigne, chouette chevêche | Label bio, association cultures/vigne, haies bocagères |
La richesse de la biodiversité dans les vignes responsables wallonnes démontre que l’agriculture et la protection de la nature ne sont pas incompatibles. Ces écosystèmes mosaïques favorisent la coexistence d’espèces parfois relictuelles, tout en répondant à une attente sociétale de vins durables.
À l’heure où l’Europe place la biodiversité au cœur de la PAC (Politique agricole commune) et que les consommateurs s’interrogent sur l’origine de leurs produits, la Wallonie a là un coup d’avance. Chaque bouteille issue de ces vignes responsables raconte désormais l’histoire d’une terre qui reprend vie.
Pour approfondir le sujet :
Un paysage peut être modelé, mais la vie qui s’y installe ne ment pas : où la main de l’homme accueille la nature, le chant des oiseaux et le vol des papillons signent le retour de la biodiversité au cœur des terroirs viticoles wallons.