Fermes expérimentales en Wallonie : des pionnières de l’agriculture du futur

19 novembre 2025

Laboratoire à ciel ouvert : qu’est-ce qu’une ferme expérimentale aujourd’hui ?

Apparues dès la fin du XIXe siècle avec une ambition simple – tester avant de généraliser –, les fermes expérimentales actuelles diversifient largement leurs missions.

  • Tester des techniques agricoles innovantes : systèmes de cultures diversifiées, nouveaux cépages en viticulture, méthodes de lutte intégrée contre les maladies ou les ravageurs.
  • Évaluer les variétés végétales adaptées au climat wallon : céréales, légumineuses, pommes de terre, mais aussi vignes et vergers, à l’heure où les stress climatiques deviennent la norme (voir CRA-Wallonie).
  • Optimiser la fertilisation et la gestion des sols : comparaisons de couverts végétaux, d’apports organiques, d’itinéraires économes en intrants de synthèse.
  • Mettre en place l’agriculture de précision : drones, capteurs connectés, outils d’aide à la décision permettant d’ajuster les interventions culturales…

Les fermes expérimentales wallonnes, telles que la Ferme d’Eve ou la Ferme expérimentale de Gembloux Agro-Bio Tech, jouent ainsi un rôle-pivot : elles relient la recherche fondamentale au terrain, forment les agriculteurs de demain, et servent d’inspiratrices bien réelles pour de nombreux domaines viticoles et agricoles.






Pourquoi la Wallonie a-t-elle besoin de ces laboratoires vivants ?

Le territoire wallon, souvent perçu comme agricole mais pas toujours “innovant”, fait face à des défis immenses :

  • Lutte contre le réchauffement climatique et adaptation des productions (sécheresses, canicules, nouveaux ravageurs).
  • Préservation de la qualité de l’eau (nappes phréatiques et cours d’eau à protéger impérativement des pollutions diffuses).
  • Recherche d’alternatives concrètes pour répondre aux exigences environnementales de la PAC (voir aussi SPW Agriculture).
  • Besoin de valorisation de circuits courts, de produits à forte identité, adaptés à la demande locale et différenciants.

Or, si la Wallonie organise depuis 2021 le “Mois de l’Expérimentation Agricole” (source : CRA-W), ce n’est pas un hasard : il s’agit de mettre en lumière l’utilité de sites comme ceux de Libramont, Ath ou Gembloux, qui permettent de vérifier, en conditions concrètes, l’impact de nouvelles pratiques (semis direct, cultures associées, irrigation raisonnée, etc.).






L’impact mesurable : des résultats déjà tangibles

Des économies d’intrants loin d’être anecdotiques

  • Dans la ferme expérimentale du CRA-W à Libramont, la réduction de 30% des apports d’azote minéral est testée sur le blé sans impact négatif sur le rendement, grâce à de nouvelles rotations (source : CRA-W, rapport 2023).
  • Les tests de lutte intégrée contre la septoriose du blé menés sur plusieurs campagnes permettent un usage de fongicides réduit de 40%, tout en protégeant la qualité de la récolte.

Viticulture : tester pour anticiper les ravages du climat

Les vignes testées à Cîteaux (expérimentation menée par Gembloux Agro-Bio Tech) s’adaptent mieux aux épisodes de chaleur grâce à l’évaluation de cépages interspécifiques plus robustes, dont certains permettent de réduire jusqu’à 80% le recours à des fongicides dans des années climatiquement difficiles (source : CRA-Wallonie, essais 2021-2023).

L’importance de la biodiversité fonctionnelle

L’introduction de bandes fleuries et de haies en marge des parcelles, systématiquement testée par la Ferme de Feluy, montre une augmentation d’insectes auxiliaires de 25% et une baisse notable des pucerons sans pulvérisation supplémentaire (CRA-W, rapport biodiversité 2022).






Des écosystèmes d’innovation au service de tous : partenariats et ouvertures

Les fermes expérimentales ne travaillent pas à huis clos. Elles sont des lieux :

  • De formation : En 2023, plus de 1 500 étudiants agronomes et lycéens agricoles y ont été formés directement (CRA-W, rapport activités).
  • D’échange avec les producteurs : Journées portes ouvertes, visites techniques, publication de “fiches itinéraires”, conférences de retours d’expérience.
  • D’expérimentation citoyenne : À l’image du projet “CIPAN participatif” de la Ferme d’Eve, qui a réuni agriculteurs, associations et chercheurs autour de la question cruciale des couverts végétaux hivernaux.





Technologies d’avenir testées grandeur nature

Numérisation et agriculture de précision

  • Depuis 2019, de nombreux capteurs connectés, stations météo et outils d’aide à la décision (OAD) sont mis en œuvre sur les plateaux d’Ath et Libramont : gestion ultra-fine de l’irrigation, suivi de maladies en direct depuis le smartphone, cartographies de fertilité intra-parcellaire.
  • La robotique fait aussi ses premiers pas : robot de désherbage automatique testé dès 2022 sur betterave sucrière, pour réduire drastiquement le recours au glyphosate.

Rôle clé dans la gestion du carbone et des sols

La mesure de la séquestration de carbone agricole, en lien avec de nouveaux arbitrages PAC, est menée en continu sur la ferme du CRA-W : analyses fines d’augmentation de 15 % de la matière organique en 5 ans sur les parcelles converties au non-labour (CRA-W, données internes, 2023).






La viticulture wallonne à l’avant-garde grâce aux fermes expérimentales

Encore peu connue du grand public, la filière viticole wallonne bénéficie énormément de ces plateformes :

  • Protocoles originaux de lutte contre le mildiou et l’oïdium adaptés au climat local testés depuis 2018 à Gembloux.
  • Suivi agronomique et œnologique des micro-parcelles de cépages “résistants”, avec premiers vins vinifiés pour évaluation sensorielle et économique en cave expérimentale.
  • Etude de la couverture végétale des parcelles pour améliorer la gestion hydrique et la santé des sols viticoles.

Sans ces essais de terrain, nombre de domaines ou coopératives n’oseraient pas tester des solutions parfois risquées, coûteuses ou longues à évaluer.






Ce que les agriculteurs et vignerons retiennent : de l’expérimentation à la diffusion

Pas de progrès agricole sans partage. Les fermes expérimentales facilitent :

  1. La publication de guides techniques en français, adaptés aux réalités économiques et climatiques wallonnes – un gage d’autonomie pour les producteurs.
  2. La démonstration directe des avantages ou des limites d’une pratique (et pas de la théorie pure ou de la “solution miracle”).
  3. La création de groupes d’échanges entre agriculteurs “pionniers” et plus traditionnels, pour faire tomber les réticences face à l’innovation.

Selon le Réseau Wallon de Développement Rural, 78 % des agriculteurs interrogés en 2022 déclarent avoir déjà modifié une pratique suite à un essai ou une visite de ferme expérimentale (source : PWDR).






Un modèle pour d’autres filières et territoires

Loin d’être réservées à la grande culture, les fermes expérimentales wallonnes investissent désormais l’agriculture urbaine, la permaculture, et même l’agroécologie régénérative. Les résultats servent aussi :

  • Aux petits maraîchers (exemple : réduction des rotations sur 0,5 hectare dans la zone de Liège).
  • Aux arboriculteurs (tests innovants sur la tavelure en verger sans pesticides depuis 2021).
  • À l’élevage (projets pilotes de pâturage ultra-raisonné pour restituer de la biodiversité et stocker du carbone).





Vers une agriculture wallonne plus résiliente et reconnue

Les fermes expérimentales sont de véritables catalyseurs. Elles accélèrent le transfert de l’innovation du laboratoire à la parcelle, multiplient les passerelles entre monde académique et agriculteurs et aident à bâtir une agriculture wallonne crédible au plan européen. Par leur capacité à mutualiser essais, formations, et retours d’expérience, ces laboratoires vivants participent activement à façonner l’agriculture, la viticulture, et les produits du terroir du futur. Pas de recette miracle, mais une dynamique inédite, collective, et résolument tournée vers l’avenir, où chaque producteur, chef de cave ou amateur éclairé trouve désormais une source d’inspiration… et d’action.






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