Collaboration entre vignerons et associations de protection de la nature : vers une viticulture wallonne plus durable

19 août 2025

La genèse des alliances : pourquoi ces partenariats sont devenus indispensables

Depuis la crise de la biodiversité observée en Europe occidentale, la Wallonie s’est engagée dans une politique agricole et viticole plus responsable (Source : wallonie.be). Les vignobles, souvent implantés sur des coteaux à forte valeur écologique, sont en première ligne. Plusieurs facteurs ont contribué à l’intensification des coopérations :

  • La nécessité de limiter les intrants chimiques et de préserver la qualité de l’eau.
  • La prise en compte de la faune et de la flore locales, menacées par la monoculture intensive.
  • L’enjeu d’intégrer les vignobles dans des corridors écologiques connectant des zones protégées.

L’évolution du cahier des charges pour les vignerons bio ou HVE (Haute Valeur Environnementale) impose d’ailleurs la coopération avec des acteurs spécialisés dans la gestion des milieux naturels.






Qui sont les partenaires clés de la viticulture wallonne ?

Sur le terrain, plusieurs associations jouent un rôle de catalyseur en rapprochant viticulture et protection environnementale. Voici quelques acteurs incontournables :

  • Natagora : organisation phare, elle accompagne depuis 2008 les agriculteurs dans la création de réserves naturelles contractuelles, et propose aussi des diagnostics biodiversité pour les vignobles (Natagora).
  • Les Contrats de Rivière : structures mixtes visant à préserver la qualité de l’eau et la biodiversité le long des cours d’eau, y compris dans les bassins viticoles du Condroz et de la vallée de la Meuse (Source).
  • La Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux (LRBPO) : impliquée dans le suivi des espèces menacées sur les sites viticoles.
  • Inter-Environnement Wallonie : fédération coordonnant de nombreuses initiatives locales pour l’agroécologie.





Projets concrets sur le terrain : la biodiversité au cœur du vignoble

Plusieurs exemples illustrent la dynamique des partenariats en Wallonie. Loin de se limiter à de bonnes intentions, ils transforment véritablement la pratique viticole :

1. Le Parc naturel de la Burdinale et Mehaigne : pionnier des « vignes en biodiversité »

Depuis 2017, le Parc Naturel accompagne trois domaines (dont GOBERT, La Falize et le Clos Bois Marie) dans l’aménagement de bandes fleuries, la réintroduction de haies diversifiées et le suivi ornithologique régulier. Quelques chiffres :

  • Plus de 5 km de haies plantées depuis 2018.
  • Un retour documenté des linottes et des bruants jaunes sur certains îlots viticoles (Burdinale-Mehaigne).

2. Natagora et les « refuges vignobles »

Natagora a lancé depuis 2020 un label « Refuge pour la biodiversité » propre aux vignobles, qui s’acquiert après un audit : gestion des bords de parcelle sans pesticides, entretien raisonné du couvert végétal, présence de nichoirs et d’hôtels à insectes. À ce jour, une douzaine de vignobles ont reçu ce label, notamment en région namuroise et brabançonne.

3. Expérimentations de pâturage ovin avec la LRBPO

Le Domaine de Glabais, en Brabant wallon, travaille depuis 2019 avec la LRBPO pour maintenir ses rangs de vigne grâce au pâturage de moutons rustiques, limitant ainsi le recours aux engins thermiques et favorisant la fertilité naturelle des sols (le-vin-du-belge.be).






Que gagnent les vignerons et la nature à collaborer ?

Les avantages croisent intérêts économiques, agronomiques et écologiques :

  • Des atouts pour la certification : l’engagement auprès d’associations est un atout fort pour décrocher les certifications bio, HVE ou Terra Vitis.
  • Résilience face aux aléas climatiques : un sol couvert et vivant résiste mieux aux épisodes de sécheresse ou de ruissellements intenses.
  • Communication et éducation : les visites oenotouristiques sur ces domaines mettent en avant la biodiversité, créant une vraie valeur ajoutée auprès du public.
  • Réseaux d’entraide technique : partage de semences locales, de savoir-faire pour aménager les milieux, et appui logistique lors de gros chantiers de plantation.

Selon une enquête de l’Institut wallon de l’Évaluation, de la Prospective et de la Statistique en 2023, 26% des viticulteurs wallons collaborent d’une manière ou d’une autre avec des associations environnementales. À l’inverse, les associations de protection de la nature constatent une progression nette de la biodiversité locale lorsque les pratiques évoluent grâce à ces partenariats : +18% de diversité floristique en deux ans sur les parcelles suivies par Natagora (rapport annuel 2022).






Où sont les freins et les défis ?

  • Fragmentation des parcelles : 75 % des vignobles wallons font moins de 3 hectares (Chambres d’Agriculture de Wallonie, 2023), ce qui rend parfois difficile l’installation de grands corridors écologiques.
  • Manque de moyens humains : ni les vignerons ni les associations n’ont toujours la capacité d’animer de grands projets collectifs sur la durée.
  • Manque d’information : certains petits producteurs sont encore peu sensibilisés aux démarches proposées, par manque de relais ou de communication efficaces.





Vers des vignobles connectés : perspectives pour les années à venir

Depuis la reconnaissance de la Wallonie comme région à potentiel viticole – 605 hectares recensés en 2023, soit le double qu’en 2014 (agriculture.wallonie.be) –, les initiatives pour concilier terroir et biodiversité ne cessent de croître. Le Plan Air-Climat-Énergie wallon prévoit d’ailleurs d’encourager massivement les plantations de haies, l’installation de vergers bas autour des exploitations, et la création de nouveaux réseaux d’ambassadeurs pour la biodiversité.

  • La Région finance en 2024 plus de 1,3 million d’euros pour des partenariats de ce type (environnement.wallonie.be).
  • Des concours inter-vignobles (comme « Vignes et Biodiversité » du GAL Meuse@Campagnes) distinguent désormais les plus innovants en matière d’agroécologie.

À terme, les collaborations pourraient dessiner un paysage viticole unique en Europe, où la qualité du vin s’alliera à la préservation réelle d’un patrimoine naturel fragile, faisant de la Wallonie un modèle régional.






En savoir plus à ce sujet :