Viticulture sans herbicides : quel impact réel sur les écosystèmes wallons ?

Cultiver le goût, préserver la nature

Le climat wallon, un terrain singulier à déchiffrer

La Wallonie, avec ses vallons, ses forêts et ses parcelles agricoles en mosaïque, ne ressemble pas à la Bourgogne ni à la Loire. Ici, le climat océanique tempéré, la richesse des sols limoneux et argileux, mais aussi la forte pression des maladies cryptogamiques posent des défis spécifiques aux vignerons. Depuis une dizaine d’années, on assiste à une évolution rapide du vignoble wallon – près de 315 hectares recensés par l’IFAPME en 2023, soit le triple d’il y a dix ans.

Ce développement s’accompagne heureusement d’un virage vers des pratiques plus durables : adoption du bio, zéro herbicide, engrais verts… Mais concrètement, enlever le glyphosate et autres désherbants change-t-il vraiment la donne pour nos champs et nos cours d’eau ?

Desherbage chimique vs enherbement : deux mondes qui s’opposent

Traditionnellement, l’usage des herbicides avait pour but de maîtriser la concurrence herbacée. Un sol nu sous les rangs, c’était le Graal de nombreux vignerons durant des décennies, synonyme de moins de stress hydrique pour la vigne et de récoltes plus homogènes. Pourtant, on mesure aujourd’hui le prix environnemental de ce choix.

Mais ce n’est pas seulement ce qu’on évite : arrêter les herbicides transforme le vignoble en micro-habitat vivant.

Le retour des plantes, de la faune... et d’un sol vivant

Effacer les désherbants, c’est permettre à la flore spontanée ou semée (trèfles, fétuques, vesces) de recoloniser l’inter-rang et parfois même le rang lui-même. Ce couvert n’est pas qu’un green carpet : il réveille toute une machinerie écologique.

Quand les insectes prennent leurs quartiers

Bouillonnement souterrain : zoom sur le sol

Un sol sans herbicide, c’est aussi la fête pour les lombrics, les mycorhizes, les actinobactéries et champignons décomposeurs. On sait aujourd’hui que la biomasse microbienne augmente de 30 % en moyenne dès la troisième année d’enherbement permanent (données CRA-W, 2022).

Le casse-tête du désherbage mécanique et ses effets

Abandonner les herbicides implique une réorganisation du travail. On voit fleurir dans les vignes wallonnes :

Si ces méthodes sont vertueuses sur le plan chimique, elles ne sont pas sans inconvénients :

Les impacts sur la qualité de l’eau et le cycle hydrique

Sans herbicide, le couvert végétal joue un rôle crucial dans la gestion de l’eau – ce qui, avec les épisodes de sécheresse et de ruissellement accentués, est clef pour l’avenir du vignoble.

Effets sur la résilience face aux aléas : climat, maladies, stress hydrique

Favoriser le couvert vivant, c’est aussi rendre son vignoble plus armé face aux chocs :

Mais ce n’est pas sans contrainte : certaines maladies comme le mildiou trouvent aussi, dans une végétation luxuriante, un terrain de jeu accru, ce qui exige un pilotage raisonné très fin de la gestion de l’enherbement (observation, adaptation de la hauteur de tonte, association des espèces semées).

Quels défis et limites pour les vignerons wallons ?

La viticulture sans herbicides n’est pas magique. Elle questionne le modèle économique et les moyens humains :

Des retours concrets au domaine : exemples et témoignages du terrain wallon

De Liège à Tournai, plusieurs vignerons témoignent d’une nette augmentation de la vie dans leurs parcelles enherbées, mais aussi d’un équilibre à trouver entre laivraison d'un sol vivant et la pression maladie.

Des filières agricoles qui s’inspirent mutuellement

Plus largement, le basculement des vignobles wallons suit les mouvements du maraîchage bio. Les échanges techniques sont nombreux avec les fermes en permaculture, qui expérimentent également un enherbement intégral des allées et des couverts multi-espèces. Cette dynamique tend à créer un “effet d’entraînement” bénéfique pour tous, du sol aux assiettes.

Vers une viticulture toujours plus agro-écologique

Renoncer aux herbicides en Wallonie, ce n’est pas revenir au tout manuel, ni simplement mettre de l’herbe là où il n’y en avait pas. C’est engager la vigne dans un dialogue fécond avec son terroir : accueillir davantage de vie, forcer l’humain à repenser sa place et ses outils, tester encore et encore. Les chiffres le montrent, les oiseaux aussi : là où on laisse une place au vivant, la vigne, et les écosystèmes, trouvent leur rythme pour durer.

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